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  • Le petit monde de Skipie
  • 17/11/1969
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La naissance de Merlin, selon Barjavel

Il est temps d'expliquer comment Merlin naquit. Du moins cette fois.

En ce temps-là...

Qu 'est-ce que ça veut dire « ce temps-là ? » Quel temps-là?...

Ça veut dire il y a plus de mille ans, nettement plus. Il est difficile d'être précis, et d'ailleurs inutile. C'était en ce temps-là...

 

Les anciens dieux n'étaient pas morts, ils vivaient dans les forêts, les lacs et les sources, les hommes les connaissaient, les rencontraient parfois, ne les craignaient guère. En échange d'une aide, d'une faveur ils leur faisaient des cadeaux, un pigeon, des fleurs, une poupée, un plat de pois au lard, à la mesure de leurs moyens, qui étaient minces. Les dieux ne se montraient pas exigeants. Ils étaient pauvres et modestes,. comme eux.

 

Mais dans ce bout du continent qui avait encore des noms changeants, un dieu nouveau s'avançait, venu de Jérusalem, où il était mort et ressuscité, en même temps qu'il régnait en permanence dans les cieux.

Il balaya devant lui les autres dieux. Ce n'était pas qu'il refusât le partage : il n'en avait même pas l'idée.

 

Il était l'Unique, il occupait la totalité de l'espace et du temps, qu'il avait créés. Il eût, malgré cela, bien toléré les autres dieux, ils ne le gênaient pas, ils étaient éparpillés, minuscules, ils ne se différenciaient pas essentiellement de lui, ils étaient son propre reflet émietté par les miroirs de la vie. Mais une armée de prêtres et de moines intolérants ratissaient en son nom les campagnes, proclamant qu'il était un dieu jaloux, ce qui était faux, à son niveau on ne peut être ni jaloux, ni vengeur, ni justicier. La justice se fait d'elle-même dans le cœur des vivants.

 

Les prêtres et les moines, les uns sincères, les autres calculateurs, tous dans l'erreur, promettaient et menaçaient en Son Nom, promettaient à ceux qui L'adoraient et Lui obéissaient les délices d'une moelleuse vie éternelle et menaçaient les mécréants des souffrances abominables de l'Enfer.

C'est ainsi que, par leurs sermons et leurs vociférations, ils coupèrent l'Unique en deux.

 

Dans l'esprit des croyants alléchés et épouvantés, il y eut désormais en haut le Dieu blanc, dispensateur de la félicité, et en bas le Dieu noir aux dents sanglantes et aux mains de feu, qui guettait leurs défaillances. C'est ainsi que le Diable, puisqu'ils croyaient en son existence, exista.

 

En peu de temps — deux ou trois siècles — moines et prêtres conquérants occupèrent le Continent et les îles, au nom de l'Unique, et avec l'aide de la crainte qu'inspirait Son Ombre. Les anciens dieux s'étaient réfugiés dans le fond des sources ou les racines des arbres, dans l'attente d'un temps meilleur où il leur serait de nouveau permis de se montrer et d'aider les humains, dans la limite de leurs pouvoirs et dans l'immense bienveillance de l'Unique, père de tout.

 

Les humains, jeunes et vieux, mâles et femelles, continuaient de vivre avec Dieu et le Diable comme leurs anciens l'avaient fait avec les anciens dieux, c'est-à-dire dans une familiarité de tous les instants. Dieu était là, avec eux, quand ils mangeaient la soupe, récoltaient les fèves, tissaient le lin, forgeaient la charrue, bottaient le cul du porc qui s'en prenait aux navets au lieu de se contenter des glands sous le chêne. Dieu ne les quittait jamais, II accompagnait tous leurs gestes, écoutait toutes leurs paroles, dont beaucoup s'adressaient à Lui. Ils Lui parlaient, moins pour Lui demander ses faveurs ou son aide que simplement parce qu'il était là, familier, écoutant amicalement tout ce qu'on Lui racontait. Cette présence était merveilleusement réconfortante, c'était une cuirasse de duvet autour de l'existence. On n'était jamais seul, jamais abandonné. Dieu était là.

 

Le Diable aussi, bien sûr. Un peu plus loin, à l'écart, mais veillant et surveillant, l'œil vif comme l'hameçon, partout, dans les coins d'ombre, sous les lits, dans le grand soleil paresseux, au dernier rayon du placard, au fond de la bourse, guettant les défaillances, ses griffes ouvertes prêtes à se refermer plus vite que l'éclair.

 

Les humains le craignaient beaucoup, mais faisaient confiance à Dieu pour les protéger, et à Son fils, pour leur pardonner s'ils fautaient.

Ainsi vivaient-ils en compagnie permanente et familière avec Dieu bienveillant et le Diable furieux. Cela donnait à leur vie signification et plénitude.

 

Furieux, le Diable l'était de plus en plus, car malgré l'aide des moines et des prêtres qui allongeaient chaque jour la liste des fautes impardonnables, son Enfer restait vide. Totalement vide. Jésus pardonnait !...

 

Un soir, alors qu'il était minuit moins cinq en Bretagne, le Diable parcourait son Enfer souterrain en se broyant les dents de rage. Sa longue Avenue des Tortures, qui allait des Champs-Elysées à Broadway, était absolument vide. Pas une âme ! Vides les tours de béton, les usines de fer ! Inutiles les marteaux à défoncer les oreilles, les roues à écraser, les musiques à désosser, les plages à rôtir, les mers empoisonnées, les piscines de chlore, les entonnoirs à pétrole, les abattoirs, les cages à poules, les sifflets, les hurlements, les tremblements, les abominations et les dévastations, tout fonctionnait à merveille mais à vide, vide, vide !...

 

Que faire?

 

Le Diable est unique, et en même temps légion. A chacun de ses pas, un autre lui-même surgissait de lui et se mettait à le suivre. Et comme il allait de plus en plus vite, il y eut bientôt une multitude de Diables qui tourbillonnaient sur les places et les avenues d'enfer, emplissaient les immeubles cubiques, en coulaient par les fenêtres, se grillaient sur le sable, grouillaient dans la mer de Capri à Vladivostok. Des nuages et des nuages noirs de méduses diaboliques et de taupes cornues infernales fouissaient la terre et les eaux. Et chacun de ces milliards de diables se broyait les dents de fureur.

 

- J'ai une idée ! cria soudain le Diable numéro sept-cent-quatre-vingt-douze.

 

Tous les autres se tournèrent vers lui. Il grandit, pour être vu et entendu. Il dépassa la plus haute tour de verre et d'acier. Une fusée à décerveler lui entra dans une oreille et sortit par l'autre, sans qu'il la sentît.

 

- Alors quoi ? dit un milliard de voix.

- Si nous n'avons plus personne ici, c'est à cause de Son Fils ! Il est venu sur Terre pour sauver les âmes, II est descendu jusque chez nous, II nous a tout pris, même Caïn et Judas, et II ne laisse plus descendre personne ! Il pardonne, II pardonne, II pardonne, c'est horrible !...

 

Et le sept-cent-quatre-vingt-douzième se mit à sangloter et à grincer des dents. Et ses larmes creusèrent de nouvelles salles infernales jusqu'au centre de la Terre. Vides, vides, vides...

 

- On le sait ! dirent deux milliards de voix. Et alors ?

Sept-cent-quatre-vingt-douze cracha six rangées de canines aiguës, et dit :

 

- Alors, faisons-nous, nous aussi, un fils sur Terre ! Il sera présent partout, il poussera les hommes et les femmes dans le mal, et nous les expédiera avant qu'ils aient eu le temps de se repentir !

- Ouaiai ! hurlèrent les méduses et les taupes cornues, enthousiastes.

- D'accord ! dit le Diable à lui-même. Exécution !...

 

Et à minuit moins deux il se posa sur le lit d'une fille vierge qui dormait nue comme il était d'usage en ce temps-là, et les jambes ouvertes parce qu'on était au mois d'août et qu'il faisait chaud.

 

Il n'éprouva aucune difficulté à faire ce qu'il avait à faire. Il aurait aimé y prendre plaisir, comme les hommes qu'il avait vus si souvent se tortiller en d'incompréhensibles ravissements, mais ce fut comme s'il avait trempé son gros doigt dans l'eau torride d'un bénitier.   Il se retint de hurler, lâcha sa semence diabolique, et s'enfuit.

 

- Mais qu'est-ce qui m'arrive ? Mais qu'est-ce qui m'arrive ? se demandait l'innocente en son sommeil.

 

Elle s'éveilla et se rendit compte qu'effectivement il lui était arrivé quelque chose, et n'y comprit rien du tout, la porte de sa chambrette étant maintenue de l'intérieur par le dossier d'une chaise qui se trouvait toujours en place, et le fenestron à peine assez large pour laisser passer le chat...

 

Quand le jour fut levé, elle courut tout raconter à son confesseur, qui comprit qu'il y avait là un exploit diabolique, et alerta Dieu aussitôt.

Naturellement, Celui-ci était au courant. Rien ne Lui échappe. Il savait donc aussi qu'un petit enfant mâle avait été conçu de l'œuvre du démon. Il était déjà gros comme la moitié d'une lentille.

 

Dieu l'appela :

- Tu m'entends, petit.

- Oui, Dieu.

- Tu sais qui t'a fait?

- Oui, Dieu.

- As-tu l'intention d'obéir à ton père?

- Je ferai comme Vous voudrez, Dieu.

- Brave petit!... Tu as la bonne nature de ta mère... Je te laisse donc tous les pouvoirs que ton père t'a donnés, mais tu les utiliseras pour le bien au lieu de les employer à faire le mal.

- Oui, Dieu.

- Es-tu satisfait ?

- Oui, Dieu.

- Bon !... Veille sur ta maman, elle va avoir besoin de toi.

 

On se rend compte, par ce dialogue, que le futur enfant ne disposait pas encore d'un grand vocabulaire. Mais le lendemain il savait le latin, le grec, l'araméen et le chaldéen, et le jour d'après tous les mots du chinois. Aucun Chinois n'en sait autant. Dans les domaines des diverses connaissances il fit des progrès aussi rapides.

 

Quand il sut tout, il décida de sortir de cet abri tiède et confortable, où il commençait à s'ennuyer. Il naquit sept mois et deux jours après sa conception.

Il se trouva au sommet d'une tour dans laquelle sa mère avait été enfermée. Ayant conçu hors du mariage et n'ayant pu désigner le père de son enfant, elle aurait dû, selon l'usage, devenir une prostituée. Elle refusa. Alors, toujours selon l'usage, elle fut condamnée à être brûlée sur un bûcher.

 

Mais l'enfant qu'elle portait étant tout à fait innocent, sursis lui fut accordé jusqu'à son accouchement, pour que l'enfant pût être sauvé, et en tout cas baptisé. En attendant, on l'enferma, avec deux femmes chargées de veiller sur elle, dans une tour dont la porte fut murée. Elles recevaient leur nourriture dans un panier qu'elles descendaient au bout d'une corde. Il y avait à l'intérieur de la tour un puits dont elles utilisaient l'eau pour boire et se baigner. Les eaux usées s'écoulaient dehors par un trou du mur, avec tous les déchets, ce qui faisait pousser l'ortie. L'hiver fut très froid mais elles n'eurent pas besoin de faire du feu : il faisait chaud à l'intérieur de la tour, sans qu'elles pussent s'expliquer pourquoi. Il est évident que là où se trouve le fils du Diable il ne peut pas faire froid.

 

Les deux surveillantes de la jeune mère, qui étaient devenues ses amies, poussèrent des cris d'horreur en voyant surgir le nouveau-né, car il était couvert de poils comme un enfant sanglier. Mais sa mère le trouva très beau et adorable. Aux yeux de son amour, la rude toison n'était qu'un léger duvet à peine visible.

 

Elle le nomma Merlin. Ce nom lui avait été inspiré par Dieu. Il signifie « tu es mortel ». C'était pour rappeler à celui qui allait le porter son humaine condition, et l'empêcher de se prendre pour la cinquième cuisse de Jupiter. En tant que fils du Diable il aurait pu prétendre à l'immortalité, mais Dieu la lui refusait.

 

Certes il vivrait longtemps, très très longtemps, mais il devait savoir qu'il aurait à mourir, quand le temps viendrait.

 

Sa mère, le serrant sur son cœur et le baisotant de mille baisers, l'arrosait en même temps de ses larmes.

- Hélas, beau fils, disait-elle, je vais devoir te quitter!... Maintenant que te voilà né, ils vont venir me chercher pour me brûler sur un bûcher...

-Ne t'inquiète pas, mère, lui dit le nouveau-né d'une bonne grosse voix. Je ne permettrai pas que le moindre mal t'arrive à cause de moi. Porte-moi chez ce taré déjuge et je vais arranger ça vite fait!

 

On voit que l'enfant avait fait de gros progrès dans le domaine du vocabulaire. Sa mère trouva tout naturel que son fils tout neuf sût déjà parler et raisonner, mais ses deux gardiennes en furent à la fois effrayées et émerveillées. Elles tombèrent à genoux et se signèrent, et de cet instant virent le bébé tel qu'il était, c'est-à-dire sans l'affreuse toison, avec une peau douce et dorée comme celle d'une pêche.

La jeune mère comparut de nouveau devant le juge, avec son enfant dans les bras. Celui-ci n'eut pas de peine à démontrer qu'elle était pure et innocente.

 

Il le fit avec tant d'efficacité et de malice que tous les assistants s'extasièrent d'autant plus qu'il n'était alors âgé que de trois jours. Le juge, ému, déclara à la mère :

 

- Puisque vous êtes innocente, au lieu de vous brûler vive, nous vous ferons bénéficier, avant le bûcher, d'une mort douce par le fer ou le poison.

- Vieillard stupide ! rugit le nourrisson, comment pouvez-vous condamner à mourir celle qui n'a rien fait ? Sentez-vous le remords qui vous agite ?

 

Tout le monde put voir le juge gigoter en tous sens sur son fauteuil, claquer des mâchoires et cogner des genoux. On eût dit un mulot secoué par un chien ratier. Il parvint à balbutier qu'il s'était trompé, et ordonna que la jeune femme fût mise en liberté.

 

Très éprouvée par ce qui lui était arrivé en moins d'un an, celle-ci se retira dans un couvent, où elle devint l'égale d'une sainte. Parfois, dans son lit, elle se souvenait de la visite qu'elle avait reçue pendant une nuit d'août, et cela la troublait. Dieu ne lui en voulait pas, il comprend parfaitement les tourments des femmes seules, et il lui envoyait des rêves apaisants.

 

On ne sait pas grand-chose de l'enfance de Merlin. Sans doute fut-il mis en nourrice et occupa-t-il son jeune corps à téter, ramper, marcher puis courir, tandis que son esprit faisait l'inventaire de ses pouvoirs et apprenait à les maîtriser. Il put certainement se libérer très vite de l'esclavage du temps, car c'est de cette époque que date le souvenir de sa folie, dont l'image le représente comme un vieil homme tordu, alors que d'après le temps banal il était encore un enfant.

 

Sa folie, c'était sa bataille contre le Diable. Celui-ci, frustré, volé, ridiculisé à ses propres yeux, s'était mis à haïr ce fils sur lequel il avait tant compté pour peupler sa Maison vide. Et il décida de le détruire.

 

Sa première attaque, qui aurait dû être définitive, fut comme l'éclatement d'une bombe dans la tête de Merlin. Sa mère avait fait à celui-ci un crâne solide, et par le seul fragment infinitésimal de son cerveau qui ne fut pas réduit en bouillie, il en reconstitua instantanément tout le reste. Mais il avait été projeté contre les murs avant de se mettre à tourner comme une toupie et de s'écrouler à terre plus plat qu'un tapis, à la grande stupéfaction et terreur de sa nourrice paysanne.

 

Il la rassura d'un mot, sortit de la chaumière et se transporta au cœur de la forêt de Brocéliande, afin de mener son combat sans effrayer personne.

 

Des bûcherons et des charbonniers l'aperçurent, vieil homme barbu et sale, vêtu de loques, se roulant à terre, hurlant, frappant les arbres de son bâton, sautant plus haut que les plus hautes branches ou bien restant immobile, assis au même endroit, pendant des jours et des semaines, sans boire ni manger, les yeux ouverts.

 

Malgré ce comportement étrange, ils n'avaient pas peur de lui. Car là où il se trouvait l'herbe poussait plus épaisse et plus verte, les feuilles des arbres se tournaient vers lui, et les oiseaux continuaient de chanter même lorsqu'il criait.

Ils pensèrent qu'il était un ancien dieu de la forêt revenu clandestinement, et qui avait peut-être, parfois, mal aux dents, ou des coliques, d'où ses crises. Dans ses périodes de calme, ils se hasardèrent à s'adresser à lui et il leur répondit avec amitié, ses yeux brillant de jeunesse dans son vieux visage fripé. Les paysans des alentours vinrent lui demander des conseils et des remèdes, pour eux ou leurs bestiaux. Il les donna, et ils furent efficaces. Mais il les donna au nom de Dieu et de Son Fils, qui ne sont qu'Un, avec le Saint-Esprit aussi. Ce qui rendait les paysans perplexes. Mais après tout, du moment que ça marchait...

 

Ce séjour en Brocéliande dura plusieurs années. Puis une nuit, à la veille de Pâques, il y eut au cœur de la forêt un tumulte épouvantable. Les paysans terrifiés virent de loin des flammes vert et rouge jaillir jusqu'aux nuages, des centaines d'arbres sauter en l'air avec leurs racines et retomber en braises, tandis que retentissaient les cris de mille démons écorchés, si effrayants que tous les porcs de la région se mirent à hurler comme lorsqu'on les égorge.

 

Tout redevint calme rapidement. Au matin, les parfums du printemps se répandirent hors de la forêt et quand des courageux se risquèrent à y pénétrer, ils ne virent aucune trace de ce qui s'était passé quelques heures auparavant. Les arbres verdoyaient leurs feuilles nouvelles et l'herbe fleurissait, et des petits lapins montraient le bout de leurs oreilles. Le vieil homme avait disparu.

Le Diable venait de livrer contre Merlin sa dernière bataille, et l'avait perdue. Il renonça de ce jour à détruire celui qu'il avait créé, mais non à le récupérer…

La citation de la semaine

Quand le baromètre se passe la patte derrière l'oreille, c'est que le chat est à la pluie

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Caillou Blanc

Je suis la force suprême et ardente qui lance toutes les étincelles de vie.
La mort ne peut m'atteindre, encore que je la donne,
parce que je suis enveloppée de sagesse comme avec des ailes.
Je suis cette essence vivante et ardente de la divine substance qui apparaît dans la beauté des champs.
Je brille dans l'eau, je brûle dans le soleil et la lune et les étoiles.
Je soutiens le souffle de tout ce qui vit.
Je respire dans la verdure, et dans les fleurs,
et quand les eaux jaillissent comme des choses vivantes, c'est MOI.
J'établis ces colonnes qui supportent la terre entière.
Je suis la force qui réside cachée dans les vents,
de MOI ils tirent leur source
et comme un homme ne peut agir que parce qu'il respire, ainsi un feu ne peut brûler que par mon souffle.
Tous vivent parce que je suis en eux et de leur vie.
Je suis sagesse.
Mien est l'éclat du mot foudroyant par lequel toutes choses furent créées.
J'imprègne toutes choses afin qu'elles ne meurent pas.
Je suis la vie.

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